samedi 5 octobre 2013

Crématoriums. Prendre le temps de la réflexion

Ce rappel à l’ordre sur les expressions religieuses catholiques dans les crématoriums est assez désolant. C’est d’une grande maladresse. Et les premières versions des titres de journaux tout aussi inadéquates.
Heureusement il reste plus d’un an avant la mise en œuvre. Le temps de la réflexion.
Il y a 50 ans les itinéraires de deuil en milieu chrétien étaient assez simples : mortuaire, église, cimetière. Ils se sont diversifiés, avec la multiplication des funérariums, la popularisation des crématoriums, … Chaque famille trace son itinéraire. Et de plus en plus de futurs défunts font connaitre leurs souhaits.
Il est heureux que les exploitants de crématoriums, comme récemment à Court-Saint-Étienne aient ouvert la place à l’expression de différentes convictions. Et que l’Église délègue un représentant qualifié pour un dernier accompagnement du mort et de sa famille. C’est un choix légitime de choisir une solution « tout compris » dans des circonstances où l’entourage ne veut pas supporter des complications supplémentaires. Les Églises doivent considérer comme une grâce de rester présentes dans ce passage difficile. J’ai vécu dans ces lieux publics des cérémonies d’une rare qualité, tant dans un milieu chrétien que dans un milieu laïc.
Mais de plus en plus de familles et de groupes d’amis souhaitent de l’ampleur pour leurs adieux, de l’espace, du temps. Et la situation dans un espace de conviction les aide dans la création d’une ambiance. La référence à un passé chrétien même lointain, même critique ne leur déplait pas. Et ils choisissent un lieu déjà marqué soit par le passé du défunt soit parce que c’est un endroit symbolique dans leur environnement.
Il me semble que les funérailles constituent aujourd’hui un des moments les plus importants d’une existence. Un temps qui résume une vie, qui ramène textes et musiques aimées, fait parler les proches, ouvre à une dimension non visible de l’existence. Et dans la désolation de l’abandon des lieux de culte c’est l’expérience d’une autre Église. De plus en plus toutes les convictions y ont le droit de s’exprimer. Il me semble que la cathédrale de Liège n’a jamais été aussi cathédrale que le jour où pour rassembler la peine d’une cité, l’évêque s’est mis au même rang que les représentants d’autres convictions.
Paradoxalement plusieurs des célébrations que j’ai vécues ces dernières années étaient clairement des cérémonies athées dans des lieux qui avaient été dédicacés. L’église ferme de Froidmont pour le professeur Lavendhomme, l’église de Blocry pour Christian de Duve et quelques semaines plus tard l’église Saint-Loup pour un de ses proches, collaborateur et ami.
Je plaide pour que les églises, bâties et entretenues aussi grâce aux pouvoirs civils, soient accueillantes à l’expression de toutes les convictions. Et que si on le demande la marque chrétienne puisse n’est qu’un accueil discret au nom de la communauté, un texte d’évangile ou un signe particulier d’affection.

Chaque groupe de proches, chaque défunt s’il a exprimé une demande, doit pouvoir esquisser un itinéraire de deuil. Et la régulation des Églises devrait se réaliser essentiellement par un accompagnement personnalisé et des conseils (pas trop long les témoignages, pas de textes ésotériques, une place pour les enfants…)

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